Sue Jacquot, 81 ans, streame Minecraft sur Twitch pour aider à financer le traitement contre le cancer de son petit-fils. Dans la nuit du 18 au 19 mai, elle a été visée par un swatting. Une vingtaine de voitures de police, cinq camions du SWAT, des drones au-dessus de la maison. Sa réaction au réveil : “c’était plutôt sympa”.
Connue sous le pseudo GrammaCrackers, Sue Jacquot s’est mise à Minecraft à l’été 2025 pour garder un lien avec ses petits-enfants. L’un d’eux, Jack, est alors en traitement pour un sarcome. Elle commence à diffuser sur YouTube et Twitch à l’automne 2025 pour mettre en avant la cagnotte ouverte au profit du jeune homme.
L’opération paie. La cagnotte dépasse les 104 000 dollars. La chaîne YouTube atteint 623 000 abonnés. En janvier 2026, Jack est déclaré en rémission. Jacquot continue de streamer, désormais pour des associations.
Le 4 mai, elle lance un livestream marathon intitulé “Not Ending Until I Beat Minecraft”. Quinze jours plus tard, elle dort encore devant sa caméra quand la police défonce sa porte.
Le swatting consiste à appeler les forces de l’ordre avec un faux signalement pour déclencher un déploiement armé chez une cible. Dans le cas de GrammaCrackers, l’opération a mobilisé une vingtaine de voitures de police, cinq véhicules du SWAT et plusieurs drones, le tout à Queen Creek, en Arizona.
Selon le récit de son petit-fils Austin, les agents ont vite compris qu’il s’agissait d’un canular. Ils sont entrés par le garage, sans excès de force. Un policier aurait même envisagé de danser face à la caméra, sachant le stream encore actif.
Jacquot, elle, raconte avoir été réveillée par “la plus jolie policière qu’elle ait jamais vue”. Elle a eu droit à son premier trajet en voiture de police et à quelques câlins de sa famille au passage. “J’ai pris un ibuprofène et je suis allée au lit”, résume-t-elle dans une vidéo postée sur YouTube le 19 mai. Le lendemain matin, elle a relancé le live, est partie au nether ramasser une soixantaine de verrues du nether et a regagné sa base pour brasser des potions.
Le ton désarmant de la vidéo a fait le tour des médias spécialisés. Tant mieux pour la visibilité de GrammaCrackers et pour les prochaines cagnottes. Reste que le swatting n’est pas une farce. Plusieurs incidents ont déjà tué aux États-Unis, où la pratique est qualifiée de crime fédéral et peut être poursuivie pour fausses informations, menaces ou extorsion.
Le décalage est vertigineux. D’un côté, une retraitée de 81 ans qui s’est mise à Minecraft pour aider son petit-fils malade. De l’autre, un inconnu qui décide d’envoyer le SWAT chez elle pour le plaisir, en sachant pertinemment qu’un dérapage est possible. Que la scène se termine par un trajet en voiture et un ibuprofène tient surtout du soulagement statistique.