À Beyrouth, des escaliers endommagés par l’explosion du port ont d’abord été remodelés dans Minecraft. Des enfants y ont ajouté un toboggan, des bancs ombragés et des mains courantes transformées en tubes acoustiques. Plusieurs de ces idées ont ensuite été construites pour de vrai. Cette histoire, racontée dans une enquête du New York Times, montre un usage assez inattendu du jeu de Mojang : donner aux habitants une place dans les projets qui transforment leur quartier.
À Beyrouth, leurs idées sont sorties de l’écran
Dans les quartiers de Mar Mikhael et Gemmayzeh, les escaliers de St Nicolas, Vendôme et Laziza servent aussi de lieux de rencontre. L’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, avait endommagé ces espaces. ONU-Habitat et l’association Catalytic Action ont alors organisé des ateliers avec de jeunes habitants.
Après avoir observé les lieux, les participants ont dessiné leurs propositions, puis les ont intégrées à une reproduction dans Minecraft. Ils ont demandé davantage de végétation, des assises, de l’éclairage et des équipements pour jouer.
Le projet présenté par Catalytic Action a finalement repris plusieurs de ces idées. Des mains courantes et des sièges facilitent désormais le passage des personnes âgées. Des éléments colorés, un toboggan et des jeux sensoriels ont également été installés. Minecraft n’a pas servi à produire directement les plans du chantier, mais à rendre les besoins des habitants visibles et compréhensibles.

Le jeu remplace le jargon des urbanistes
La méthode porte un nom, Block by Block. Une reproduction du quartier est préparée dans Minecraft après une visite du site. Les participants peuvent y ajouter leurs idées et défendre leurs choix sans maîtriser un logiciel d’architecture. Les propositions retenues sont ensuite traduites en dessins techniques. Le budget, la sécurité et l’entretien restent des contraintes bien réelles.
Le principal apport du jeu se trouve ailleurs. Un enfant habitué à Minecraft peut montrer en quelques minutes où placer une rampe, un terrain ou un banc. Face aux adultes et aux techniciens, il ne se contente plus de répondre à un questionnaire. Il manipule lui-même le projet.
Nous évoquions déjà Block by Block dans notre analyse de l’impact social et éducatif de Minecraft. Les réalisations permettent désormais d’en mesurer les effets.

Des parcs accessibles conçus avec les habitants
À Solo, en Indonésie, des habitants ont utilisé Minecraft pour repenser une berge négligée de la rivière Pepe. Le parc réalisé à Mangkubumen comprend désormais des rampes, des mains courantes, des bandes de guidage et des équipements sportifs.
À Belo Horizonte, au Brésil, des ateliers avec des élèves ont accompagné la transformation des berges inondables de l’Onça. Deux parcs linéaires ont remplacé une partie des terrains dégradés. Block by Block documente cette réalisation comme un projet collectif, pas comme une construction copiée depuis le jeu.

Cette nuance compte. Minecraft ne décide ni du budget ni de la faisabilité. Il fournit une maquette que presque tout le monde peut modifier, là où un plan technique réserve habituellement la discussion aux spécialistes.
La méthode survivra à la fondation
Depuis 2012, Block by Block indique avoir soutenu plus de 150 projets dans 55 pays, avec plus de 30 000 participants. Le programme a travaillé sur des parcs, des marchés, des rues et des berges.
Son avenir change pourtant de forme. Selon le New York Times, les financements de base apportés par Mojang et d’autres partenaires ont pris fin en 2025, entraînant la fermeture de la fondation. ONU-Habitat doit poursuivre cette approche dans un nouveau programme appelé Games for Urban Futures, qui pourrait employer d’autres jeux.
Minecraft aura donc peut-être servi de point de départ plutôt que d’outil définitif. Minecraft Education avait déjà fait entrer le jeu dans les salles de classe. Block by Block va plus loin en utilisant les constructions virtuelles pour peser sur un véritable projet public.
Le résultat ne ressemble pas toujours exactement au monde Minecraft créé pendant l’atelier. C’est plutôt bon signe. Cela signifie que le jeu n’a pas remplacé les habitants, les architectes ou les décisions collectives. Il leur a permis de travailler sur la même maquette.



