La vraie bombe du 6 juillet n’est pas le chiffre des 3 200 licenciements, déjà couvert dans notre article sur la restructuration de Xbox. Elle se cache dans ce que des sources internes ont lâché à la presse américaine dans les jours qui ont suivi. Pendant des années, Microsoft a ponctionné les profits de Minecraft pour renflouer le reste de son portefeuille gaming, tout en privant Mojang des moyens de grandir. Le « reset » d’Asha Sharma est présenté comme un plan d’avenir. C’est d’abord un mea culpa déguisé.
Trois sources, un même aveu
Les témoignages convergent, et ils ne viennent pas de n’importe où. Chez Bloomberg, une personne au fait des opérations de Xbox affirme que les profits de Minecraft « servaient à financer le reste du portefeuille gaming ». Chez Variety, une source interne parle de Mojang privé « des fonds nécessaires à sa croissance ». Chez Game File, Stephen Totilo rapporte que Sharma elle-même considère Minecraft comme « massivement sous-investi ».
Le chiffre le plus parlant vient de cette dernière source. Il y a six ans, Roblox et Minecraft jouaient dans la même catégorie. Depuis, Roblox aurait investi cinq fois plus dans sa plateforme que Microsoft dans Minecraft. Précision utile, tout cela repose sur des sources anonymes, aucun dirigeant ne l’a déclaré publiquement. Mais quand Bloomberg, Variety et Game File racontent la même histoire chacun de leur côté, le doute devient mince.
Les symptômes étaient sous vos yeux depuis des années
Rétrospectivement, tout s’éclaire. Le cimetière des projets annexes d’abord. Minecraft Earth, fermé en 2021 après dix-huit mois. Minecraft Dungeons, abandonné en 2023 malgré 25 millions de joueurs. Minecraft Legends, débranché moins d’un an après sa sortie. À chaque fois, la même mécanique : un lancement correct, puis plus personne pour financer la suite.
La cadence du jeu de base raconte la même chose. Il aura fallu attendre 2026 et le passage aux game drops pour retrouver un rythme soutenu, entre Tiny Takeover et Chaos Cubed. Pendant ce temps, la communauté réclame une refonte de l’End depuis des années, sans réponse. Un studio qui pilote le jeu le plus vendu de l’histoire et qui laisse une dimension entière à l’abandon depuis 2016, ce n’est pas un choix créatif. C’est un budget.
Pendant ce temps, la marque explosait
Le paradoxe devient vertigineux quand on regarde ce que Minecraft rapportait au même moment. Plus de 350 millions de copies vendues. Environ 800 millions de comptes enregistrés rien qu’en Chine via NetEase. Un film sorti en avril 2025 qui a encaissé 960,4 millions de dollars au box-office mondial, troisième plus gros succès de l’année, avec une suite déjà calée pour juillet 2027. Une marketplace qui a reversé plus de 500 millions de dollars cumulés aux créateurs, Microsoft prélevant sa commission au passage.
Minecraft n’a jamais autant pesé. Et c’est précisément ce qui a coûté cher à Mojang : une machine à cash aussi fiable n’a pas besoin qu’on la nourrisse, elle tourne toute seule. L’argent partait donc ailleurs, vers des studios rachetés à prix d’or dont Microsoft admet aujourd’hui avoir perdu 64 cents par dollar investi. Vous connaissez la suite : quatre studios éjectés, 3 200 postes supprimés, et Minecraft toujours debout au milieu des décombres.
Ce que « réinvestir » veut dire, et ce qu’on ignore encore
Reste la promesse. Minecraft et The Elder Scrolls deviennent les deux priorités de croissance du groupe. Mojang remonte directement à la CEO. Helen Chiang, qui a dirigé la franchise pendant des années, tient désormais les comptes de tout Xbox. Sur le papier, difficile d’imaginer configuration plus favorable.
Dans les faits, rien n’est chiffré. Aucun plan d’investissement publié, aucun objectif de recrutement, aucune feuille de route. La seule information concrète sortie depuis le mémo concerne l’équipe d’assurance qualité de Mojang, touchée par les coupes selon Variety. Réinvestir dans un studio en commençant par sa QA, l’ironie mérite d’être soulignée.
L’autre inconnue, c’est la direction de cet investissement. Le modèle cité en creux dans toutes les fuites s’appelle Roblox, qui a versé 922,8 millions de dollars à ses créateurs sur la seule année 2024. Si « Minecraft plateforme » signifie plus de moyens pour le jeu, les serveurs et les créateurs, tant mieux. Si cela signifie transformer Minecraft en centre commercial à microtransactions pour rattraper le retard sur Roblox, la communauté risque d’avoir son mot à dire.
Le mea culpa est acté, les preuves restent à livrer. Premier rendez-vous le 29 juillet, avec les résultats annuels de Microsoft. Ensuite, chaque mise à jour, chaque annonce et chaque recrutement chez Mojang dira si Minecraft a vraiment cessé d’être la tirelire de Xbox. Dix ans de sous-investissement ne s’effacent pas avec un mémo.



